L’EPFL du Dauphiné, un soutien à l’urbanisme tactique

L’EPFL du Dauphiné, un soutien à l’urbanisme tactique

La ville de Grenoble et l’EPFL du Dauphiné s’engagent activement dans des projets urbains visant à terme à faire de Grenoble une ville résiliente, inclusive et plus agréable à vivre dans le respect et la promotion de l’histoire patrimoniale et sociale. Le recours à l’urbanisme tactique permet de répondre à cet objectif.

Qu’est-ce que l’urbanisme tactique ?

L’urbanisme tactique désigne un urbanisme citoyen, participatif et momentané, porté par des habitants, des associations et/ou des collectifs avec l’accord – ou pas – des élus et qui mobilise souvent les ressorts de l’art et de l’évènementiel. Il intègre notamment l’urbanisme temporaire et l’urbanisme transitoire.

Il vise une transformation de la ville, pour la rendre plus conviviale et accueillante et encourage un questionnement sur les usages. Trois critères permettent de le caractériser : sa petite échelle, son coût réduit et sa réalisation à court terme. Le terme « acuponcture urbaine » est également utilisé pour désigner ces aménagements de petite dimension. La ville durable, la concertation des habitants et l’espace public sont au cœur des pratiques de l’urbanisme tactique.

Une tendance accélérée par la crise du coronavirus

La crise sanitaire a fait ressurgir l’urbanisme tactique et l’a considérablement médiatisé. Le confinement imposé et l’instauration de gestes barrières ont entraîné des conséquences favorables à cette résurgence : la réduction du périmètre de mobilité entrainant des dynamiques de quartiers marquées ainsi qu’une très forte réduction du trafic automobile, l’accélération du développement de la circulation à vélo et le besoin de distance pour les piétons. 

Certaines collectivités ont ainsi très rapidement installé des aménagements provisoires donnant plus de place aux cyclistes et aux piétons.

Des projets urbains confrontés à la vacance

En amont des projets urbains, les acteurs de l’aménagement et de la construction peuvent être confrontés à des phases de vacances, génératrices d’insécurité et de frais (entretien, gardiennage, réparation…). En parallèle, de nombreuses activités d’intérêt général ne pouvant se présenter sur le marché de l’immobilier classique sont à la recherche de lieux d’accueil. Il peut s’agir d’hébergement d’urgence et de lutte contre la précarité, d’activités d’économie sociale et solidaire, culturelles, sportives, festives, portées par des structures publiques, associatives, ou privées. Alors que ces activités contribuent à répondre aux besoins économiques et sociaux du territoire, les acteurs locaux de l’aménagement se mobilisent pour trouver, en plus des aides financières et techniques déjà en place, de nouveaux moyens de soutenir ces activités.

L’urbanisme tactique offre cette nouvelle forme de soutien pour répondre à la vacance et promouvoir l’action solidaire et sociale du territoire.

L’exemple de « l’Abbaye » à Grenoble

Le projet de « l’Abbaye », jusqu’ici le plus emblématique car le plus ambitieux, vise à occuper un quartier composé à la fois de bâtiments et d’espaces publics, dans l’attente de sa rénovation.

En associant les services de la Ville, les associations et les entreprises d’économie sociale et solidaire, le projet va tester de nouveaux usages et contribuer à la mixité sociale et fonctionnelle du site, ce qui sera bénéfique pour les habitant-es, le quartier environnant et le territoire grenoblois dans son ensemble. Le projet tactique va également permettre de mettre en place une gouvernance partagée, qui associe pleinement les acteurs aux processus de réflexion et de décision. Ce type de démarche va être répliqué et porté sur d’autres sites.

Principes cadres pour les projets d’urbanisme tactique

Si les sites sont différents, certains principes généraux s’appliquent à tous les projets d’urbanisme tactique lancés par la Ville de Grenoble :

  • Les projets doivent s’inscrire dans l’histoire du site et la vie du quartier ;
  • Les projets d’urbanisme tactique doivent être des espaces d’expérimentation et tester de nouveaux usages pour les sites, de nouvelles activités pour les occupants, et de nouvelles formes de coopération pour les acteurs ;
  • Lorsque plusieurs occupants occupent un même site, une gouvernance partagée du site doit émerger ;
  • Les occupants seront responsabilisés et bénéficieront d’une grande marge de manœuvre pour construire un projet de gestion en commun.

Le rôle de l’EPFL du Dauphiné

L’EPFL du Dauphiné, créé il y a 19 ans, dispose aujourd’hui d’un important stock foncier. Pendant la durée du portage, l’EPFL peut mettre à disposition des biens immobiliers afin d’accompagner les collectivités territoriales en matière d’urbanisme tactique.  Cette durée de portage est calée sur le temps nécessaire à :

  • la maturation du projet d’aménagement objet du portage,
  • l’acquisition et le remembrement des éventuelles autres propriétés de l’emprise foncière du projet d’aménagement,
  • la réalisation et la durée prévisible des éventuels travaux de requalification immobilière,
  • la détection et le choix de l’acquéreur du foncier remembré, le porteur de projet.

La possibilité de mise à disposition temporaire d’un bien est donc à évaluer en fonction de :

  • l’état du bien au regard de l’usage qui peut en être fait, avec une attention particulière sur les aspects liés à la sécurité des occupants et la salubrité des lieux,
  • la durée maximale d’utilisation en l’état avant le lancement des études et diagnostics préalables aux travaux de requalification.

Cette mise à disposition temporaire de biens immobiliers est encadrée par conventionnement entre les parties prenantes. A ce titre, l’EPFL du Dauphiné a publié récemment un document précisant la doctrine, les principes et les modalités de ses mises à disposition.

Si l’EPFL du Dauphiné est en mesure de mettre à disposition des biens, d’expertiser des projets d’utilisation selon les types de biens, d’indiquer les limites temporelles et physiques d’une occupation, il n’est pas dans ses compétences ni son organisation d’assurer la mise à disposition de ces biens pour des usages et des occupants aussi divers que spécifiques.

L’EPFL du Dauphiné se positionne donc plutôt comme facilitateur de l’urbanisme tactique qui « offre » dès qu’il en a la possibilité l’usage de son patrimoine en portage à des  opérateurs locaux de l’urbanisme tactique, acteurs spécialisés de l’usage temporaire et de l’animation de biens immobiliers, ainsi que de la gestion de la mise à disposition à des publics spécifiques et la relation avec les usagers. L’enjeu pour l’EPFL est donc de pouvoir confier l’usage et la gestion de son bien à un intermédiaire responsable, apportant des garanties de bon usage du bien par lui-même ou un occupant autre dont il assure le contrôle.

Et si demain, cette nouvelle forme d’urbanisme servait pour accélérer la transition écologique des villes ?

A l’heure de la loi Climat et résilience, où la France se fixe un objectif de division par deux du rythme d’artificialisation sur la décennie à venir par rapport à la consommation des sols observée ces dernières années, l’urbanisme tactique semble être une solution écologique et intelligente s’il est bien encadré. Il permet à la fois de réaliser une économie du foncier, d’attirer des populations en cœur de ville (exemple : transformer des friches ferroviaires en jardins communautaires), d’expérimenter des concepts nouveaux (exemple : installer un commerce éphémère pour éprouver la viabilité économique de ce type de commerce ou d’un projet de redynamisation commerciale), de réaliser des aménagements temporaires (exemple : mettre en place un parking temporaire en super structure démontable),  et de redonner rapidement du dynamisme dans les territoires en déprise (exemple : accueillir un petit festival dans un ancien site pour promouvoir des artistes « en herbe »).

Pour concilier le temps des usages avec le temps de l’aménagement, l’urbanisme tactique semble être une solution complémentaire au projet du territoire porté par l’urbanisme traditionnel.

Sources : www.grenobleencommun.fr / www.wikipedia.fr / Interview de Vincent REMY, Directeur général de l’EPFL du Dauphiné

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